vendredi 6 juin 2014

Pourquoi la plus grande mosquée d'Afrique en terre chrétienne et animiste?

Le Congo s’enorgueillit, déjà en cours de réalisation, parait-il, du projet de construction, à Brazzaville, de la plus grande mosquée d’Afrique. Que le Sénégal et Dakar, le Maroc et Rabat, l’Algérie et Alger, la Tunisie et Tunis, le Mali et Bamoko, l’Egypte et le Caire, le Soudan et Khartoum, la Mauritanie et Nouakchott, à la limite, le Tchad et Ndjamena se parent d’un tel bijou, on pourrait le comprendre, puisque tous ces pays sont de confession musulmane, à près de 99%, pour certains d’entre eux.
Mais que, de tradition chrétienne, depuis plus d’un siècle, et par-dessous le christianisme, un animisme vivace, le Congo, soudain, consente que, sur son sol, soit élevé à l’Islam auquel le plus gros de sa population s’est jusqu’ici gardé d’adhérer, un habitacle de telles dimensions, est, pour nous, une belle énigme et un sujet d’étonnement. 
Par fanfaronnade, comme il y a quelques décennies, au virage de 1970, il se piqua d’orgueil d’être le premier parti marxiste en Afrique? Ou par calcul commercial et marchand: faire de Brazzaville, la Mecque de l’Afrique où afflueraient en pèlerinage, les musulmans de toute l’Afrique noire, avec, en perspective, des retombées économiques mirifiques pour le Congo qui roule déjà sous le poids des milliers de milliards du pétrole? L’argent, c’est bien connu, appelle l’argent! 
Or, à la place d’une chose qui ne serait pas sans intérêt pour Al Qaïda et tous les fous de Dieu, le petit peuple famélique des bidonvilles crasseux et malodorants des «Brazzavilles noires» aurait voulu des hôpitaux modernes et des structures d’éducation modernes aussi, les tremplins d’où, toujours, s’élance un peuple pour sonner aux portes du futur, conformément aux exigences du corps et de l’esprit. Mais qui ignore, à moins d’être bien distrait, bien imprudent et médiocrement patriote qu’une telle mosquée serait juste le lieu où des centaines d’imams peu soucieux de l’avenir de notre pays, inculqueraient à des milliers d’adolescents congolais, les préceptes d’un islam de vulgate qui n’a jamais élevé la conscience citoyenne de personne? Qui fait se jeter les uns sur les autres des peuples entiers, au nom de la foi, comme en Occident, au Moyen-Age, quand l’Eglise faisait brûler sur des buchers hérétiques et sorciers, traquait les païens? Qu’on nous montre les cohortes des savants nègres sortant de Tombouctou pour éclairer l’Afrique de leurs immenses connaissances scientifiques.
 Existe-il un seul «ancien» de Tombouctou, et nègre noir, de la stature intellectuelle d’un Ibn-Battuta ou d’un lbn-Khaldun, son homonyme, blancs et arabes, tous deux du Maroc et de la Tunisie, dans le Maghreb voisin? Or, à Tombouctou, les nègres qui y étaient admis, étaient juste islamisés à fin que, esclaves, ils fussent d’une totale soumission à leurs maîtres arabes et blancs. Lorsqu’on est nègre bon teint, on frémit d’horreur et de honte à la pensée qu’aujourd’hui encore, des Mauritaniens blancs règnent sur des troupeaux d’esclaves nègres.

Dominique NGOIE-NGALLA

5 commentaires:

TAHERUKA SHABAZZ a dit…

Bonjour professeur,

S'il est vrai que l'on ne peut que soupçonner les relents clairement opportunistes d'une telle construction, si ce sont bien les autorités politiques congolaises qui en sont les auteurs, je ne peux en revanche que m'opposer à votre assertion finale à propos de Tombouctou et l'université de Sankoré.

Car dire que jamais grands savants d'envergure ne soient sortis de ces universités du Soudan occidental-universités nés bien avant les universités européennes de plusieurs siècles-, est une contre-vérité.

Les seuls cas des illustres savants comme Muhammad Bagayogo et son brillant étudiant Ahmed Baba sont assez édifiants à eux seuls.

L'on se rappelle que le sultan du Maroc Moulay Ahmed El Mansour avait envahi le pays Songhay pour y déporter les savants de Tombouctou dont le cheikh Ahmed, qui s'est héroïquement opposé à ces envahisseurs avant de se faire déporter à Fès par le sultan saadien Moulay Ahmed El Mansour.

On retrouve aujourd'hui dans la grande bibliothèque de l'université de Fès (Maroc) des centaines de manuscrits (philosophie, grammaire, théologie, mathématiques, etc.) dont la paternité revient à Ahmed Baba.

Les savants négro-musulmans qui comptent dans le monde islmaique sont légions, même si la pensée unique s'échine à ne vouloir nous montrer que les images des plus grands ignares comme ce sou-fifre d'Abubakar Shekau, chef de Boko Haram.

Tahéruka Shabazz

St-Ralph a dit…

Belle réflexion. Les pays arabes qui boivent du pétrole financent des projets qui sont autant de drapeaux musulmans plantés en Afrique noire. Le calcul est vite fait.

Quant aux savants et érudits noirs sortis de Tombouctou, c'est une fable comme une autre. Toute personne ayant laissé un écrit est forcément un grand témoin. Mais de là à en faire un homme de science de grande envergure, j'aimerais avoir davantage d'éléments pour en faire un génie. Depuis des siècles que nous connaissons l'existence de Tombouctou, quel avantage en avons-nous tiré ? Si les manuscrits de Tombouctou pouvaient révolutionner l'Afrique et le reste du monde, cela fait longtemps que cela serait connu.

Dans un reportage de Runoko Rashidi, des gardiens des manuscrits reconnaissent qu'ils ne détiennent que des livres de compte d'un monde de commerce. Maintenant, s'il est vrai qu'il y a des Noirs illustres issus de ce lieu, que l'on nous livre leurs textes, leur philosophie et que nous puissions nous en nourrir et nous en enorgueillir. Leur seul nom ou leur résistance à un envahisseur n'en fait pas des héros pour. La couleur de leur peau ne nous suffit pas. Qui me dit que c'était la cause noire qu'ils défendaient ?

Cunctator a dit…

En effet, Shabbaz. Je partage ton avis.

Cunctator.

Cunctator a dit…

Mais l'argument de Saint-Ralph, quoique plus nuancé que celui plus sec de Dominique Ngoïe-Ngalla, est en effet pertinent. Néanmoins, il serait judicieux que ces manuscrits d'Africains de Tombouctou ayant fait avancer la science en leur temps soient jugés selon leur pertinence et leur efficience.

TAHERUKA SHABAZZ a dit…

Vous pouvez lire ma réponse à la remarque de Ralph sur mon blog, car ne pouvant pas la publier sur ce blog qui limite le nombre de caractères. Voici le lien: Réponse au Pr Ngoïe-Ngalla sur les savants de l’université Sankoré de Tombouctou

Taheruka Shabazz

Par Dominique Ngoïe Ngalla et Philippe Cunctator qui nous livrent leurs réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique clopinant sur le chemin de la modernité au reste du monde, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de Dominique l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...

Quelques ouvrages de Dominique Ngoïe-Ngalla...





L'Evangile au coeur de l'Afrique des ethnies dans le temps court
; l'obstacle CU, Ed. Publibook, 2007 .




Route de nuit, roman. Ed. Publibook, 2006.




Aux confins du Ntotila, entre mythe, mémoire et histoire ; bakaa, Ed. Bajag-Méri, 2006.




Quel état pour l'Afrique, Ed. Bajag-Méri, 2003.




Lettre d'un pygmée à un bantu, mise en scène en 1989 par Pierrette Dupoyet au Festival d'Avignon. IPN 1988, Ed. Bajag-Méri, 2003.




Combat pour une renaissance de l'Afrique nègre, Parole de Vivant Ed. Espaces Culturels, Paris, 2002.




Le retour des ethnies. La violence identitaire. Imp. Multiprint, Abidjan, 1999.




L'ombre de la nuit et Lettre à ma grand-mère, nouvelles, ATIMCO Combourg, 1994.




La geste de Ngoma, Mbima, 1982.




Lettre à un étudiant africain, Mbonda, 1980.




Nouveaux poèmes rustiques, Saint-Paul, 1979.




Nocturne, poésie, Saint-Paul, 1977.




Mandouanes, poésie, Saint-Paul, 1976.




L'enfance de Mpassi, récit, Atimco, 1972.




Poèmes rustiques, Atimco, 1971.