REFLEXIONS ACTUELLES
Par le professeur Dominique Ngoïe Ngalla qui nous livre ses réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique des ethnies à la France au seuil de la sixième république, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de cet homme de lettres l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...
mercredi, décembre 02, 2009
Quand la France débat de son identité
Etre français qu'est ce que cela signifie lorsque l'héritage chrétien malmené par la laïcité et le patrimoine gréco-romain revendiqués sont également partagés par des millions d'autres européens? La menace d’autres cultes sur la première fille de l’Eglise reconduirait-elle les français à la messe, qui depuis ne fait plus recette ? Dans la guerre contre les ennemis de l’identité nationale française, des valeurs ringardisées par la modernité, la société de consommation et ses avatars sont rappelées en renfort. La France serait-elle en train de se dilater à ce point ? Mais pourquoi être si conservateur, refuser d’avancer dans le sens de l’histoire et jouer ainsi les réactionnaires, pas beau ! diraient les enfants. Peut-être est-ce l'inclination au rejet de l'autre qui ferait le bon français. A ce sujet l'histoire française dans le temps court nous donne pourtant des exemples à ne pas suivre. Un gouvernement récemment s'est fait champion de l'ouverture et de la diversité, qui subitement agite le chiffon rouge du danger du communautarisme, du danger de l'atteinte, si rien n'est fait, à l'intégrité française. C'est grossier pour l'administration d'un pays dont nombreux ont chanté la vocation à l'universel, à la charité, à l'humanisme. Et bien ce n'est pas cela la Grande France, exportatrice de révolution et de passion ravageuses des injustices. L'esprit français, forgé par ses lettres et sa philosophie, a plus que tout autre la capacité de germer chez d'autres peuples, faisant de la culture française l’une des plus appréciées.
La France a vocation à l'ouverture. Sa position géographique l'ayant faite ouverte à maints vents et courants l'y prépare; l'histoire de son peuplement montre qu'elle n'a jamais cessé d'agréger et de fondre dans un même creuset des gens venus d'ailleurs. Il faudrait croire que, l'identité nationale étant en danger, certaines personnes ou groupes de personnes ayant eux aussi vocation à être pleinement français sont des poisons pour la pureté de la race française. Il n'ya que les régimes totalitaires pour se permettre de telles manœuvres, définir une identité. Maintenant on va décider d'autorité légale ou administrative comment il faudrait être français. Quelle blague!
La loi pourtant définit clairement le français, c’est la personne titulaire de la nationalité française. On est français par le sang, par la naissance, pour services rendus à la France, par l’intégration à la société française. Plus encore que tous ces critères, on est français par amour pour la France, par une sorte d’affinité élective on s’est choisi, on s’est aimé. J’en connais de nationalités étrangères qui se sentent profondément français ; quelque chose de tout ce que la France a à offrir les a tant touchés que pour rien au monde ils s’en sépareraient. Ainsi sont les francophiles du monde entier. Mais cette proximité avec la France dont ils se sont fait l’ami, personne n’aurait pu le leur dicter, il s’agit d’un rapport d’adhésion libre. La seule force en jeu ici est le pouvoir de séduction de la France. Or on ne séduit pas par la contrainte. Comme tout pays la France a ses défauts, ses parts d’ombre dont même les français les plus fiers ont honte ; ils n’en aiment pas moins la France pour autant. Il est vrai que depuis un moment la France a du mal à se faire aimer, et ceux qui contribuent à ce désamour, on les connait.
Et puis, pour ceux-là qui sont français, on pourrait suggérer aux défenseurs de l’identité nationale dont les éclaireurs, placés sur des miradors et des postes avancés, aperçoivent au loin un nuage de poussière soulevé par les sabots des montures portant des hordes barbares en marche vers la France dans le seul but d’écraser la francitude, de s’armer du casque et du bouclier que sont la culture. La culture est à mon sens, hormis ses idéaux, ce que la France a de plus grand et de plus beau. Montaigne, Ronsard, Rabelais, La Fontaine, Molière, Voltaire, Victor Hugo, Balzac, Zola, Baudelaire et tant d’autres parmi ceux qui depuis longtemps reposent en paix ; Sartre, Camus, Barthes, Saint-Exupéry, Péguy, Malraux, Simone de Beauvoir et tant d'autres encore plus près de nous, soufflent sur nous l’âme de la France qu’on veut avilir en la parant des guenilles de l’intolérance.
S’il est un môle indéfectible ou presque des peuples, c’est bien en la culture qu’il faut le trouver, la culture étant ce que les hommes d’un peuple destinent à leur survivre, une sorte de témoignage durable de ce qu’ils sont. Une culture séduisante et favorable à l’épanouissement de l’esprit humain ne saurait être anéantie par aucun envahisseur, la culture grecque nous le prouve, qui séduisit les Romains victorieux. Quel romain digne de ce nom, au IIe siècle avant JC, Caton mis à part, ne voulait-il apprendre les humanités grecques ?
Cunctator.
mercredi, novembre 25, 2009
L'élégance des sapeurs
Pas besoin de revenir sur la notion de gout, mais reconnaissons que mettre des costumes dont les couleurs répugnent les clowns et saltimbanques eux-mêmes, c’est cruellement en manquer.
Une personne dépourvue de charmes particuliers quant au physique, et cependant dotée d’une âme lui conférant des manières nobles et galantes, ne manquera de séduire tous ceux épris de bonnes manières et de propos agréables. Le soin de l’être devant en principe passer avant celui du paraître, l’élégance devrait ainsi d’abord habiter la personne avant de rejaillir sur son aspect extérieur. C’est le contraire chez nos élégants adeptes de la SAPE. Cependant loin d’insinuer que tous les sapeurs sont des rustres et perroquets autant en ce qui concerne leurs paroles inarticulées en terme de logique que leur gout pour le bigarré et le flashy, il y’a des sapeurs sincèrement et légitimement élégants. Que ceux-là veuillent bien excuser notre propos à l’égard de leurs confrères et ne pas se sentir concernés par nos observations.
Dans le contexte européen la sape a tout d’une culture marginale qui revendique une certaine appartenance. Elle reprend à son compte le style vestimentaire de l’élite occidentale et lui applique ses propres codes et sa propre logique. Les sapeurs ont contribué à démocratiser l’élégance masculine en la faisant descendre dans la classe populaire que constituent les sapeurs (immigrés Noirs, le plus souvent ouvriers). L'élégance masculine occidentale avec eux perd de son séreiux pour devenir un jeux. On se joue du vêtement que l'on démystifie, qu'on apprivoise pour en faire un copain avec lequel on s'entend bien. Autant on peut respecter les codes et les règles que s'en détacher pour apporter une touche fantaisiste qui ne manque pas de faire joli. Les façons raides et guindées de la bourgeoisie, ses apparences de politesse et de courtoisie ne sont pas de mise chez eux. Le vêtement du sapeur est un appendice de son corps, il est donc très à l’aise avec. Même dans ces vêtements que la bienseillance recommande de ne porter qu’en adoptant un air grave pour cause de solennité, le sapeur lui est libre, il a paré son corps, le reste ne compte pas. C’est un libérateur, un provocateur iconoclaste. Ses beaux et chers vêtements il les met quand il souhaite, même à contretemps ; l’importance c’est d’être bien sapé. Le sapeur est un maître d’une gestuelle réinventée du vêtement, c’est tout un spectacle que de les regarder. Ceux qui ont l’âme un peu folle s’en délecteraient.
Au Congo la sape est liée au contexte sociologique de Brazzaville, la capitale. De son fief Bakongo, elle semble revendiquer un pouvoir qu’elle n’a pas dans d’autres sphères. Les sapeurs sont les rois incontestables de l’esthétique vestimentaire, même si quelques hérétiques, qui ne manqueront pas d’être corrigés, par leur bizarrerie exagérée s’écartent de la tradition. Leur autorité leur sera difficilement enlevée, ils sont rois, princes, grands chefs, grands prêtres. Leur autorité est légitime, aucun sapeur ne peut s’arroger un titre s’il n’a à le gagner loyalement ou à le défendre. A la différence des politiques aux discours creux, qui depuis comptent des adeptes de la religion du tissu dans leurs rangs, les sapeurs, grandes gueules impénitentes et soldats acharnés lorsqu’il s’agit de défendre les couleurs de la SAPE, font suivre leurs promesses d’actes. Ils font penser à une île dans un océan de misère, de déchéance, d’injustice et de corruption et d’incurie.
vendredi, octobre 23, 2009
Les catholiques africains demandent un Pape Noir
Le changement qualitatif de la spiritualité de l’Eglise africaine viendra d’autre chose : de la prise de conscience par les africains, des obstacles qui freinent la bonne marche de l’Eglise africaine. S’ils croient en l’Esprit Saint, il faut qu’ils lui demandent de redresser ce qui est tordu en eux, de briser la glace de leurs cœurs, d’affermir leur foi. S’ils ont la patience de demander cela, le reste leur sera donné par surcroit. Y compris d’avoir un jour un Pape Noir ! Qu’ils prennent conscience des faiblesses de leur Eglise : faiblesse intellectuelle, faiblesse spirituelle cachée derrière la chaleur des célébrations tapageuses et le nombre sans-cesse croissant des fidèles. Si faible cette Eglise comment ses fidèles peuvent-ils avoir la naïveté de croire que l’autorité morale qui lui manque, l’avènement d’un Pape Noir suffirait à la lui donner ? La transformant, comme ça, d’un bloc ! Mais un Obama à la tête des USA ça se mérite. Un Pape Noir à la tête de l’Eglise catholique ça doit se mériter aussi. L’Eglise d’Occident n’est pas puissante et n’a sur le monde l’autorité qu’on sait parce qu’elle a à sa tête un Pape Blanc. Elle est puissante parce que d’une part, du point de vue de la formation intellectuelle son clergé est solide, et que d’autre part, malgré de graves défaillances, parfois, en permanence elle se bat pour toujours plus de vie chrétienne en son sein. Fluctuat nec mergitur. Malgré l’orage le navire tient bien la mer et ne sombre pas. L’ambiance délétère introduite par le libéralisme économique et la frivolité subséquente vide certes les églises abandonnées à une petite poignée de personnes âgées. Cependant, dans le même temps, les monastères ne cessent de bourdonner de la prière de centaines et de centaines de moines de plus en plus étonnamment jeunes. Eglise vivante d’Occident dont la sève ne tarit pas. Les crises les plus effrayantes la relancent et la portent toujours plus haut. Et parce que dès les origines elle se porta à la pointe du combat pour éduquer, civiliser, ne craignant pas de travailler de ses mains, l’Eglise d’occident fut capable pendant des siècles, de contenir tant de barbarie qui avait déferlé sur l’Europe et menaçait d’engloutir l’Eglise elle-même.
Il n’y a qu’en se battant de cette façon que l’Eglise africaine pourra aider à endiguer tant de violence paralysante et tant de barbarie. Ce sont des obstacles terribles à la progression d’une foi solide. Et aussi longtemps qu’elle ne prendra pas toute la mesure de sa misère intellectuelle, spirituelle et morale, l’Eglise africaine sera inutile à l’Afrique et au monde à la tête duquel elle veut installer un Pape Noir. Il y a même tout lieu de craindre quelle finisse dans l’ornière, méconnaissable, engluée dans le folklore le plus grotesque. Longtemps, l’autorité morale de l’Eglise africaine reposa moins sur la solidité de son enseignement que sur la dignité de vie du prêtre, sa moralité, son témoignage. C’est vrai qu’elle était alors missionnaire. Jusqu’à l’indépendance, elle ne compta qu’un petit nombre de prêtres indigènes. Ce qui caractérisait cette Eglise là ? Un sens profond des exigences du sacerdoce chrétien. Certes, tous n’étaient pas des saints ; mais chez beaucoup d’entre eux, ce désir et cette volonté joyeuse de vivre une vie toute d’ascèse et de mortifications. Un haut idéal de spiritualité fait du mépris consenti des choses de ce monde : argent, amour, gloire. Une existence obscure dans la chasteté, l’obéissance, le travail et la prière, ça trempe le caractère et ça confère à celui qui s’y soumet librement, une aura et une force d’attraction vers soi insoupçonnée, qui ne sont d’ailleurs pas une exclusivité du christianisme. Cela s’observe partout où une société accède à un niveau supérieur de spiritualité. L’attraction que, depuis quelques décennies, (la période correspond à l’affadissement du christianisme en Occident) le bouddhisme asiatique par exemple exerce en Occident sur maints esprits assoiffés de hauteur spirituelle s’explique par la beauté de l’idéal du bouddhisme et la constance de l’effort de ses fidèles à couler cet idéal dans leurs vies. Loin de toute gesticulation rituelle inutile toujours suspecte d’afféterie.
On ne peut malheureusement pas en dire autant de l’Église africaine. Les statistiques nous montrent certes une Eglise en progression galopante. Mais à la vérité que se cache-t-il derrière la prise d’assaut des lieux de culte ? Une foi brulante ? Des convictions enracinées ? Non, la misère et une profonde détresse morale en quête de consolations faciles. L’examen du contenu de la foi de tels fidèles et de leurs pratiques rituelles révèle tout ce qu’il y a de peu chrétien. On se trouve aux limites des pratiques magiques parfaitement contraires à l’esprit de l’Evangile. Elles ne libèrent pas ; elles constituent au contraire des entraves qui creusent le lit du sous-développement. Elles se trouvent aux antipodes de l’esprit de l’Evangile qui libère et met sur la voie du développement lorsqu’il est bien compris.
Si l’Eglise africaine veut avoir, comme autrefois celle d’Occident, une voix qui compte et qui porte, pas besoin d’avoir un Pape noir à Rome, pur fétichisme. Qu’elle prenne le chemin suivi aux temps anciens par l’Eglise d’Occident. Quand le Pape et les évêques faisaient trembler les grands de ce monde, et étaient obéis au doigt et à l’œil par des foules immenses recueillies. Quel est donc ce chemin ? La discipline, le travail, l’étude, la prière. Les bénédictins, la famille de moines qui a tant fait pour bâtir la civilisation de l’Occident avait pour devise : « ora et labora », prie et travaille. Or l’Eglise africaine est pleine de ces jeunes gens qui entrent en religion non pas par vocation, mais pour se mettre à l’abri du besoin, dans une société économiquement déprimée et aux lendemains incertains. Trop de fainéants inutiles au sein de l’Eglise africaine en ont fait une Eglise de mendiants qui ne résiste pas aux cadeaux empoisonnés du pouvoir.
vendredi, octobre 09, 2009
Ecriture et conscience citoyenne.
« L’ethnie est-elle maladie dangereuse dont on peut, comme d’une fièvre maligne, mourir sans même s’en apercevoir ? Ou bien est-elle péché d’origine, ineffaçable, qui, même avec la meilleure bonne volonté, en pervertissant irrévocablement les fondements spirituels et psychologiques de la conduite humaine, rend, même chez les meilleurs, l’action bonne difficile »[1], des paroles que j’ai écrites dans un petit livre sans prétention. Il me faut y revenir, pour analyser et chercher à comprendre l’impact presque nul, spirituel et social, des œuvres des écrivains sur les mentalités de leur pays, eux dont des années 60 à nos jours , l’engagement à la cause des petits et des faibles contre les tyrans, les dictateurs et autres broyeurs des libertés et des droits de l’homme est resté exemplaire. Oui vraiment, le Congo-Brazzaville peut être fier d’avoir Jean Malonga, Antoine Letembet Ambilly, Tchikaya Utam’si, Sylvain Bemba, Henri Lopès, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Tchitchelle Tchivela, Maxime Ndebeka, Emmanuel Dongala et cette poétesse de talent, Marie Léontine Tchibinda, notre comtesse de Noailles. Et tant d’autres de la génération montante dont la qualité des œuvres rassure sur la relève de demain. Et comment oublier Alain Mabanckou dont on peut se demander jusqu’où il n’ira pas ?
Tous ces écrivains, chacun en leur genre, ont honoré le Congo de l’éclat de leurs beaux talents. Tous, des écrivains de race, et dont la renommée à l’étranger n’est pas petite. Les raisons ou les causes sociologiques qui expliquent la production d’œuvres de cette qualité reste un mystère. En effet comparé à la taille de la plupart des Etats africains, le Congo est un petit pays que son sous peuplement relève dans une espèce d’insignifiance compliquée de sous développement. Une université qui est loin d’être brillante après avoir été un temps l’espoir de l’ex Afrique Equatoriale Française (AEF). Et taux de scolarité (presque 100%) qui pourrait fournir un élément d’explication à l’émergence de cette littérature de qualité ne s’élève de façon aussi admirable qu’après que la plupart de nos écrivains aient donné le meilleur d’eux-mêmes. Et puis, il s’agit d’un enseignement de masse. Dans ce cas il vaudrait mieux parler d’alphabétisation, dont on ne saurait attendre quoi que ce soit qui vaille vraiment. Mais peut-être, après tout la naissance et l’éclosion de tant de talents et surtout leur regroupement sur ce bout de terre presqu’au même moment (à quelques années de différence, ils sont tous de la même génération). Ne sont-elles qu’un effet du hasard ? Mon problème n’est pas là. Hasard ou aboutissement heureux du cheminement obscur d’une chaine causale, je m’étonne, connaissant la mission de l’écriture et de toute création de l’esprit, que tant de beaux talents rassemblés (ils se connaissent tous, se fréquentent ou se haïssent) n’aient pu concourir au façonnage d’une république de citoyens pour éloigner la violence et ses guerres civiles récurrentes. Résultat ? Un beau désordre politique économique et spirituel qui rejette le Congo dans les profondeurs du classement des pays sous-développés, où le sous développement signifie d’abord la difficulté, presque l’incapacité de la conscience citoyenne à éclore pour s’éveiller aux problèmes sociaux de l’heure et chercher à y trouver solution. L’écrivain n’est-il pas à sa façon le prophète qui mobilise à temps et à contre-temps. Parce que son intelligence dilatée est libérée des erreurs d’un savoir domestique limité (celui du groupe d’appartenance) le projette en permanence sur les laideurs d’un monde à éclairer et à transformer.
De ce fait parce que de toute leur volonté ils se forcent d’accéder à une meilleure connaissance d’eux-mêmes et du monde qui les entoure, afin de mettre de l’ordre dans le chaos, les artistes et les écrivains, dont le savoir a dilaté l’âme et la vision du monde, sont forcément des être épanouis. Cet épanouissement de leur être, ils le doivent à la recherche inlassable de la vérité et de la justice. Dussent-ils comme Socrate payer cette recherche de leur vie. Pour eux, la paix intérieure et autour d’eux est à ce prix. Et volontiers ils font du vers célèbre de Lucrèce leur devise : « felix qui potuit rerum cognoscere causas » , heureux celui-là qui connait les faits par leurs causes (Lucrèce, De natura rerum). C’est cette connaissance rationnelle objective du monde qui, lorsqu’elle s’accompagne d’éthique, délivre l’homme de la brute qui rue en lui et l’élève. Les artistes et les écrivains ne peuvent donc rester indifférents aux désordres de la société où ils vivent. Ils en sont la mauvaise conscience, ou du moins ils devraient en être la mauvaise conscience qui dérange. Qu’ils attirent à eux ou qu’ils repoussent, ils poussent forcément à la réflexion. Jean-Paul Sartre qui fut dur pour lui-même, modèle de probité intellectuelle et morale, demandait à l’écrivain un engagement de l’homme tout entier. A l’écrivain il assignait « de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde, et que nul ne puisse s’en dire innocent » (Jean Paul Sartre, Qu’est ce que la littérature). On ne sort pas de là. On est écrivain ou on ne l’est pas. Et ce serait un bien piètre écrivain aujourd’hui, surtout dans le tiers monde, que celui qui s’arrêterait à la dimension esthétique de la création littéraire. Aujourd’hui celle-ci compte forcément trois dimensions : la dimension esthétique bien sur, la dimension réflexive et du questionnement, et la dimension politique c'est-à-dire la prise en compte des problèmes sociaux.
Dominique Ngoïe-Ngalla.
dimanche, septembre 27, 2009
Eloge de la différence
mercredi, août 19, 2009
La lente agonie du racisme.
Il y’a peine quelques mois, nous saluions le courageux et progressiste peuple américain élisant un Président issu d’une communauté regardée de travers, un Président en partie originaire de la partie damnée de l’Afrique, dont les capacités humaines de ses habitants ont longtemps été remises en doute avec force par des esprits brillants d’occident et d’ailleurs, seuls habilités à revêtir les caractères essentiels de l’Homme.
Mercredi10 juin 2009 survenait une fusillade au Musée de l’Holocauste de Washington DC. Cette fusillade ayant provoqué la mort d’un agent de sécurité noir, s’inscrit dans une série de crimes visant les minorités aux USA depuis l’élection de Mr Barak Hussein Obama, premier Président noir des USA. Ce fait prouve que ce pays progressiste, soulignons le -dans quel autre cela aurait été possible-, doit encore affronter les questions relatives à la race au sujet desquelles d’énormes tâches sont encore à accomplir. En effet les disparités sociales et économiques, les différences quant à l’éducation sont déterminantes pour la place et le statut des différentes ethnies de l’Amérique, et on sait que l’état d’un groupe ethnique dans une société donnée, surtout si ce groupe se place en tête des défavorisés, fonde des préjugés volontiers appliqués à tout individu issu de ce groupe. L’arrestation devant sa maison du Pr. Henry Louis Gates Jr, historien de renom, est un bel exemple de la force des préjugés.
L’élection de Barak H. Obama, grand pas vers l’adhésion aux valeurs authentiquement humaines de tolérance proclamées par les esprits des quatre coins du globe ( même les papous et tous les autres peuplades arriérées à la pensée si fruste s’y collent) a non seulement illustré la volonté, même timide, des Etats-Unis de franchir la « color line », mais elle a aussi illustré celle du reste du monde, puisque, en ce qui la concerne, une grande majorité était acquise à Obama en Europe (en France nous sommes les champions de la tolérance, Egalité et Fraternité sont garanties à tous; point besoin donc de compter la France parmi ces autres nations devant affronter l’épineuse question de la différence). Cela rassure, que l’on soit Blanc, Noir, Rouge, Jaune et même vert si possible, le rayonnement que confèrent à une personne ses qualités intrinsèques, touche la sensibilité de ceux là qui reconnaissent la stupidité des barrières et préjugés érigés par l’Histoire, l’économie, la culture, etc.
Le racisme sous toutes ses formes est question de différences, nombre d’entre nous avons du mal à les assumer. Au sein même de l’Afrique où la majorité de la population n’a pas le souci de la différence des races, au sein des Etats-nations les populations, parce que bien souvent issues d’ethnies différentes s’acceptent difficilement, l’autre étant un danger pour l’intégrité de l’ethnie. Le cas des hutus et des tutsi est symptomatique de ce phénomène. Comment deux ethnies partageant la même langue et un territoire si exigu en sont arrivées à se massacrer dans un combat qui avait tout d’une lutte ou l’un des protagonistes protégeait son intégrité contre des barbares venus de très loin.
Le racisme est fruit de l’intolérance elle-même née du refus de reconnaître en l’autre un semblable en ce qu’il a autant que moi tous les caractères d’un humain, fut-il pygmée ,dont des congolais de Brazzaville, à l’occasion d’un festival de musique, parquèrent, telles des bêtes puantes, quelques individus dans un zoo afin sans doute de mieux coller à leur condition animale. Pauvres pygmées! C’est un caractère dont même les plus civilisés et les plus fins ont du mal à se départir, pratiquant une fausse tolérance, un racisme élégant et courtois. On ne s’en débarrasse qu’au prix d’efforts sans cesse renouvelés de renoncer à notre condition soi disant supérieure pour la partager avec tous les sauvages et barbares de la terre. Cet effort ne devrait pas, comme au pays de la liberté de ‘égalité et de la fraternité, s’arrêter au niveau des déclarations et des intentions, où l’on se recroqueville sous le paravent de la République, formule magique sensée corriger les effets des préjugés et des discriminations dès qu’elle est prononcée. Un préfet hors cadre, voyez le symbole, s’est fait prendre en flagrant délit à l’aéroport d’Orly où, selon la presse, énervé, il fit le constat qu’ « il n’y a que des noirs ici ».
mercredi, juillet 29, 2009
Gotène ou le foisonnement de vie*
Immense talent logé dans un tempérament de feu, avec cela une imagination, une peuissance et une vivacité extraordinaires de poète surréaliste. Quoi d'étonnant si, méprisant le recettes et réfutant les conventions de l'art de peindre, ayant mûri, Gotène fait éclater les cares des normes d'école. Gotène est un peintre atypique. Au centre de son art, la célébration de la vie sous toutes ses formes. Certes, par l'explosion des couleurs, le refus de la perspective, la simplification extrême des formes, et par le contraste travaillé des couleurs et des valeurs, il fait penser aux techniques et aux procédés de l'impression et de l'expressionnisme. Mais il n'est pas impressionniste, il n'est pas expressionniste. Le rapprochement qu'on pourrait faire entre la peinture de Gotèn et ces courants et ces écoles, relèverait ds convergences fortuites. Aucun rapport de filiation. Même si "Les femmes bleues" font penser aux danseuses bleues de Degas. Gotène a ses racines dans l'art nègre, dont cependant, il se garde d'être prisonnier. Gotène reste imprévisile. Roulé dans cette ironie et cet humour intarissable, il en amplifie la fantaisie, le lyrisme cosmisque et l'élan joyeux vers la vie, dont le spectacle changeant et divers le fascine et l'amuse. Avec insistance il en souligne le côté drôle.
Elle est du meilleur humour, cette grimace de singe coiffé d'un escargot à la tête impossible. Encombré d'objets de pacotille et avançant pesamment, Le vieux Vendeur est tout a fait cocasse avec sa tête de volatile bavard. Avec son étrange bonnet phrygien et sa pipe aux dimensions démesurées, le personnage du grand fumeur est burlesque dans sa gesticulation baroque.
Et justement ce qui caractérise la peinture de Gotène et qui l'arrache au ressessement des mêmes sujets et des mêmes thèmes, ce sont cette fantaisie inimitable et ce foisonnement de vie qui s'alimentent au bouillonnement des forces qui sont en lui. Forces gourmandes, sans cesse elles poussent le peintre à chercher à capter tous les messages de la nature. Ce qui donne des tableaux saisissants: Les feuilles qui nou parlent, Un étang sans poissons, Forêt d'eucalyptus, Feu de brousse, Une forêt verte, pour ne citer que ceux-là. Capter tous les messages de la nature, écouter les voix du monde pour dialoguer avec elles, fonction essentielles des grands poètes, de Lucrèce à Shakespeare, de Victor Hugo à Baudelaire, de Baudelaire à Mallarmé, de Mallarmé à Rimbaud. L'élan qui soulève la peinture de Gotène vient justement de son contact plénier avec les choses drues et concrètes de la vie. A la façon des symbolistes, il veut célébrer la nature et pour y arriver, il s'efforce d'en percer et d'en révéler l'aspect caché, le sens mystérieux.
Sous son regard les eucalyptus sont soudain doués d'une âme; alors, Gotène les drape dans la dignité altière des notables batékés. Sous son pinceau, les poissons cessent d'être de banals petits animaux juste fait pour satisfaire les besoins alimentaires de l'homme. Le poisson est créature vivante et belle à voir, et c'est l'unique fonction que, respectueux de la vie, le peintre lui assigne.
Dans leur étrange entrelacement, Les lianes grises chantent une complainte et nous ramènent à l'émouvante chanson grise de verlaine. Les êtres inanimésont ainsi une âme. Sous le regard de Gotène, le balai n'est plus ce vulgaire instrument de ménage : il parle aux vivants. Il est présence vivante.
Ce foisonnement de vie, cette vitalité de cosmos, Gotène use, pour l'exprimer, de bien des procédés. Les plus courants étant ces arabesques qui enveloppent et traversent les formes pour leur imprimer cette extraordinaire vivacité de mouvement. L'autre procédé le plus courant est cet entrecroisement dynamique des lignes et des couleurs d'où jaillissent parfois des formes inattendues: Les danseurs aux bracelets, Le couple rouge et beige, Les couleurs du lit, Les cinq rêveurs,... toute une fantasmagorie. Peinture vivante de Gotène qui arrache à l'inexistance, pour leur faire prendre part au chant et à la danse du monde, les objets inanimés mêmes. Et parce qu'il ne conçoit pas autrement la structure de l'univers que sous sous l'image du tournoiement perpétuel et de la valse des éléments qui le constituent, Gotène revient constamment sur le thème de la danse, parce que, par le sortilège de la musique, la danse instaure entre individus qui y entrent un lien d'intimité communielle. la danse est, pour Gotène qui y revient de façon obsessionnelle, l'étincelle qui rallume la joie du monde. Et le monde de Gotène est un monde pris dans un irrésistible élan de joie.
*:Gotène, peintre congolais né en 1939, personnalité légendaire et incontournable à Brazzaville, a plus de 50 ans d'expérience en peinture, et derrière lui, un riche parcours international, de très nombreuses expositions, et de tout aussi nombreux prix (Grande Médaille de Vinci à Paris, …).
Quelques ouvrages...
L'Evangile au coeur de l'Afrique des ethnies dans le temps court ; l'obstacle CU, Ed. Publibook, 2007 .
Route de nuit, roman. Ed. Publibook, 2006.
Aux confins du Ntotila, entre mythe, mémoire et histoire ; bakaa, Ed. Bajag-Méri, 2006.
Quel état pour l'Afrique, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Lettre d'un pygmée à un bantu, mise en scène en 1989 par Pierrette Dupoyet au Festival d'Avignon. IPN 1988, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Combat pour une renaissance de l'Afrique nègre, Parole de Vivant Ed. Espaces Culturels, Paris, 2002.
Le retour des ethnies. La violence identitaire. Imp. Multiprint, Abidjan, 1999.
L'ombre de la nuit et Lettre à ma grand-mère, nouvelles, ATIMCO Combourg, 1994.
La geste de Ngoma, Mbima, 1982.
Lettre à un étudiant africain, Mbonda, 1980.
Nouveaux poèmes rustiques, Saint-Paul, 1979.
Nocturne, poésie, Saint-Paul, 1977.
Mandouanes, poésie, Saint-Paul, 1976.
L'enfance de Mpassi, récit, Atimco, 1972.
Poèmes rustiques, Atimco, 1971.

