Par Dominique Ngoïe Ngalla et Philippe Cunctator qui nous livrent leurs réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique clopinant sur le chemin de la modernité au reste du monde, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de Dominique l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...
dimanche 21 septembre 2008
L’Ethnie dans l’Etat africain comme un vers dans un fruit
Une telle situation sociologique conflictuelle fut d’abord le fait des villes et des grandes agglomérations qui aspirent la majorité des populations de l’arrière-pays. Et comme la ville vit en osmose avec l’arrière-pays, l’image généralement négative qu’à la ville les individus venus des horizons culturels divers ont les uns des autres, est vite répercutée dans l’arrière-pays où elle renforce l’instinct tribal de rejet de l’autre différent. Pour harmoniser ces différences au sein de l’Etat et réduire les tensions entre les groupes qui le composent, comment faire ? Le régime de parti unique avait cru trouver la solution : inculquer à tous les mêmes valeurs, les mêmes pratiques. Le parti unique oubliait que la colonisation avait poursuivi les mêmes objectifs : assimiler les populations aliénées de leurs cultures, leur imposer celles du colonisateur. On sait le résultat. Ce fut un échec. Bien au contraire l’initiative coloniale renforça chez chacun la conscience de la singularité de son identité. Brimant les libertés et opprimant au moins autant que la colonisation, le parti unique échoua dans sa poursuite d’une âme collective, d’un peuple à façonner. Il suscita chez ses nombreuses victimes (à l’exception du groupe dont relevait le détenteur du pouvoir) l’amertume et la haine qui aboutirent à son rejet unanime dans toutes les conférences nationales souveraines auxquelles, sous diverses formes, presque toute l’Afrique eut recours pour se libérer des crocs du parti unique.
Restait donc à essayer de la démocratie appelée de tous leurs vœux par toutes les conférences nationales souveraines. En instaurant la démocratie on espérait enterrer définitivement l’ethnie et libérer le pouvoir confisqué par un groupe d’individus de même origine culturelle. Le pouvoir reviendrait au peuple souverain qui l’exercerait par l’intermédiaire de ses représentants. Or le peuple souverain qui transcende les groupes n’existait pas alors ni depuis. A la place, des peuples et des nations divisées par des intérêts de groupe, de surcroit mal instruits des droits et devoirs du citoyen. L’instauration de la démocratie ne transfigure donc pas d’un bloc, pour leur donner une âme et une conscience collectives, des gens et des groupes de gens opposés par leurs cultures et leurs trajectoires historiques. L’Etat, garant de la communauté des citoyens reste pour eux une belle abstraction dans laquelle personne ne se reconnait et aux principes de laquelle par conséquent personne ne veut obéir, justement parce que ils ne se retrouvent pas dans les principes de cet Etat qui ne sont pas ceux du groupe dont ils relèvent. L’Etat est si étranger à chacun d’eux que chacun peut le piller sans vergogne ni remord. Il n’est de patrimoine commun et donc vénérable que celui construit par ses ancêtres. Or, où sont dans les Etats africains les ancêtres communs sacralisés qui inspireraient la vénération de leur héritage ? Il n’y a pas entre les différents groupes composant l’Etat africain d’histoire commune, d’héritage commun. L’histoire commune commence avec la colonisation subie par tous. Cette histoire n’a pas eu une épaisseur suffisante pour secréter une consciente collective et des mythes fédérateurs de tous ceux qui l’ont vécue. L’Etat africain reste de ce fait un espace social où des communautés aux différences affirmées n’ont de liens entre elles que juridiques et abstraits. Il manque la charge affective qui soude. L’écart qui sépare les groupes s’est davantage creusé après les indépendances, quand commence la lutte pour le pouvoir que chaque groupe désirait ardemment s’adjuger pour l’honneur et le prestige, sans toujours savoir exactement ce qu’il en ferait. Dans ce contexte de confiscation du pouvoir, l’adversaire politique est vite perçu comme un ennemi à traiter comme tel. Ce qui a pour conséquence pour les vaincus et les exclus du pouvoir, une amère frustration et le repli identitaire avec la rumination de la défaite et la haine du détenteur du pouvoir et de son groupe, surtout que ce dernier ne se fait pas faute d’écraser les vaincus de son arrogance méprisante. Ainsi va la démocratie à l’Africaine (sauf dans de rares pays), bancale, loin de l’éthique de respect des principes arrêtés en commun. Parce, que justement, ces principes ne font partie de l’histoire et de la culture de l’Afrique.
Pour autant les africains qui savent les bienfaits relatifs de la démocratie en Occident où elle est devenue une dimension culturelle de ce pays, doivent-ils désespérer d’y arriver jamais ? Certes non. La démocratie qui est un travail, un cheminement, un processus, heurte certes la nature humaine que le principe de réalité toujours contrarie. Mais l’africain ne relève pas d’une humanité différente de celle de ceux-là qui se sont faits à ses exigences. Il n’y a donc pas de raison qu’à force de travail et de sérieux que l’Afrique n’y arrive. Encore faut-il qu’elle prenne conscience des tâches qui l’attendent, qu’elle prenne la mesure de ce qu’il lui faut de volonté et de constance dans l’effort pour murir à la modernité et cesser de donner dans le bricolage politique où elle semble se complaire.
L’appétit du pouvoir et la volonté de puissance qui causent tant de ravages dans les Etats africains où ils ne sont pas réglementés, sécrétant l’arbitraire et la tyrannie, sont universels, communs à l’humanité tout entière. On ne doit donc pas en faire une espèce de péché originel des africains contre lequel la meilleure éducation ne peut rien. Dignité, volonté de dignité, constance joyeuse dans l’effort, ce sont des vertus des gens de la terre. En Afrique comme dans le reste du monde. Leur abandon progressif dans les pays africains depuis quelques décennies s’explique aisément par le défaut de formation des populations à la conscience citoyenne par les partis politiques dont ce devrait être la tâche prioritaire. Or nous savons que la majorité des partis politiques africains ont pour socle le groupe ethnique. Il serait donc temps de décloisonner l’ethnie exorcisée de ses fausses peurs. Son idéologie tenace est à ranger parmi les vers qui rongent de l’intérieur l’Etat africain.
mercredi 27 août 2008
Bouddhisme et réveil spirituel en occident
Mais voila que le discours et les pratiques hédonistes d’une société repue ont fini par lasser des cœurs inassouvis et inquiets. La civilisation du loisir et du divertissement au sens pascalien du terme n’a pas réussi à étouffer le désir d’éternité et le besoin de croire en une instance supérieure ordonnatrice logée au plus profond de la conscience humaine. Ce désir d’éternité et le besoin de trouver un sens à la geste humaine qui font douter que le bonheur soit limité au bon fonctionnement de notre carcasse et à la satisfaction de nos passions élémentaires expliqueraient ce retour en occident du goût pour les choses cachées, celles que la raison ne peut expliquer, et la ruée depuis une décennie vers le bouddhisme tibétain qui, plus que toute sagesse, avec l’altruisme chassé d’Occident par son économisme, est recherche d’élévation et d’harmonie spirituelles comme but unique de l’existence humaine.
Or, tout l’Evangile est là, que les occidentaux ont abandonné aux primitifs d’Afrique et d’Amérique latine. Le christianisme que leur rationalisme orgueilleux a infantilisé, et dont ils se sont détournés, avait pourtant pendant près de deux millénaires, enseigné à leurs pères ce que maintenant ils croient avoir découvert dans le bouddhisme tibétain qui, autant que le christianisme, est excellence et exigence d’excellence. Pas plus que le christianisme n’est une mode passagère, le bouddhisme tibétain ne l’est. Infatués d’eux-mêmes et façonnés aux valeurs de l’économie libérale, combien de temps nos néophytes du bouddhisme tibétain tiendront-ils dans leur nouvelle foi ? Mais il ne faut jurer de rien ; souhaitons leur d’aller jusqu’au bout de cette merveilleuse aventure et que, éclairés par la sagesse du Bouddha, ils transforment l’Occident malade de son système économique et social.
mardi 5 août 2008
A quelles conditions le développement de l’Afrique
La traite négrière et la colonisation, si elles furent une cause structurante du désordre africain, n’avaient pas pour autant scellé le destin de l’Afrique. Celui-ci reste déchiffrable A condition que les africains prennent conscience, remontent aux causes de leurs malheurs, et aient le courage de prendre à bras le corps des solutions difficiles. L’identification nous met sur la voie de la guérison, puisqu’on peut alors trouver le remède. Encore faut-il que le patient consente à suivre les prescriptions du médecin ; pourvu que le remède soit adapté. Aucune société ne s’est construite sur la fuite des responsabilités. Aucune société ne s’est construite en tournant le dos au bon sens. Je crains que, en dehors des cercles politiques où son usage est galvaudé pour ne plus rien vouloir dire, le terme responsabilité ait perdu son poids de sens en Afrique noire (nous parlons des affaires bien sur !). Cette Afrique noire où les élites inscrivent leur action dans la logique de prédation et d’exploitation qui avait pourtant nourri leur contestation du régime colonial. Tout en la condamnant de bouche, ces élites politiques reproduisent l’idéologie coloniale d’exploitation cynique, tant elles sont fascinées par l’économie consumériste. Progressivement elles se sont détournées de leur patrimoine culturel dans lequel elles devraient pourtant puiser pour trouver solution à nombre de mots qui assaillent les sociétés africaines. Elles singent le modèle occidental, quitte à s’en détourner avec horreur dès que ce modèle parle de devoir de conscience, de rigueur et montre l’effort individuel et collectif comme base du progrès de l’humanité et des nations.
Le défaut d’éthique citoyenne chez les élites africaines explique qu’elles vivent éjectées en quelque sorte hors d’elles-mêmes et vivent loin des préoccupations des populations dont elles prétendent être les dignes représentants. Des populations pourtant pas si sottes, qui sont passées maitres de la récupération, du recyclage et de l’économie informelle, dont, on peut bien le dire, vivent les masses africaines des bidonvilles et des villages, démontrant par là jusqu’où elles n’iraient pas si elles avaient des dirigeants honnêtes et attentionnés. Nos élites ne s’intéressent à ces populations qu’en permanence elles arrosent de leur arrogance méprisante qu’en période électorale où la voix de chaque femme, de chaque homme vaut son pesant d’or. Ces élites extraverties qui vivent en permanence branchées sur les médias occidentaux et les divertissements qu’ils proposent ne rêvent que de l’Europe. Tous les jours des avions en provenance d’Afrique en sont bondés, où on les reconnait à leur air suffisant. Cela fait qu’elles expatrient en Europe tout le produit de leurs rapines sans souci de l’Afrique à bâtir ; et parce que le développement de l’Afrique est le cadet de leurs soucis, c’est sans vergogne qu’elles la pillent avec la même fureur que hier les colons et depuis les indépendances, les multinationales qui se comportent en pays conquis avec la bénédiction des élites africaines elles-mêmes acquises à l’idéologie et aux valeurs criminelles des multinationales. Ce faisant ces élites sont parfaitement conscientes des haines tenaces que leurs populations nourissent contre elles (il s’agit là bien entendu des pays où sévit la malgouvernance. Des pays comme le Ghana, l’Ile Maurice, le Botswana, une infime minorité, s’en sortent assez bien). Voila pourquoi ces élites s’interdisent d’investir dans leurs propres pays l’argent qu’elles leur volent. Souci bien compréhensible, à tout instant, le produit inespéré de leurs rapines peut aller en fumée.
Seuls donc le respect scrupuleux des principes d’une gestion démocratique capable de régler le problème de l’ethnicisme peut inverser la tendance, provoquer un mouvement centripète de ces élites extraverties et faire naitre l’ordre dans des sociétés sécurisées. L’ordre et la confiance.
jeudi 24 juillet 2008
L’avenir démocratique de l’Afrique noire problématique à court et à moyen terme
Au lendemain du discours fameux de La Baule, un vent de démocratisation parcourut l’Afrique entière, soutenu par la promesse du Président de la république française d’accompagner financièrement les efforts des pays qui accepteraient d’instaurer des régimes démocratiques. Les élans des commencements retombèrent bien vite. Les politiciens africains firent en effet vite l’expérience que, pratiquée à la lettre la démocratie n’était pas rentable pour eux. Ils avaient envie de durer au pouvoir, pour la vie si besoin ; ce que n’autorise pas le jeu démocratique sauf si des qualités exceptionnelles du détenteur légitime du pouvoir l’imposent au choix de ses concitoyens. Comme Périclès dans l’Athènes du Ve siècle. Or de tels hommes aux qualités et aux mérites exceptionnels ne sont pas apparus. Mandela est passé comme un météore. Seulement des hommes dotés d’un appétit exceptionnel du pouvoir et doués pour la manipulation. C’est un bien piètre génie, et malfaisant.
Le retour au parti unique faisant ringard et appelant bientôt la réprobation de l’Occident qui a gardé un œil sur l’Afrique, il fallait jouer le jeu tout en se moquant pas mal de la démocratie. C’est ainsi que sous le label démocratique, sont apparus des régimes à la vérité dictatoriaux où la peur et l’intimidation sont les grands moyens de la gestion des affaires. Intimidation d’une opposition qui n’existe que pour le principe, et dont, de toute façon, les consciences sont achetées. Mais existe-t-il une saine démocratie vénale ? Rétrécissement croissant de l’espace public d’expression où en démocratie en principe le citoyen se façonne et se libère, bref, revendique et conquiert ses droits.
Peut-on parler de démocratie là où sans mandat du peuple souverain, des groupes s’octroient des droits qui les placent au dessus du peuple souverain moqué et floué ? Dans les démocraties africaines le groupe culturel d’appartenance du détenteur du pouvoir, et bien entendu sa famille biologique apparaissent comme les dépositaires légitimes du pouvoir du peuple dont ils se réclament sans vergogne. Ils se croient habilités à parler en son nom, et bien entendu, en réclament tous les privilèges. Les démocraties africaines sont des démocraties ethniques. La différence les effarouche. Elles rêvent d’une homogénéité de l’espace politique qui se ferait sous la forme de l’identité ethnique. C’est pourquoi le détenteur du pouvoir a pour assise de ce pouvoir le groupe culturel auquel il appartient. Il l’instrumentalise pour son maintien au pouvoir. Et comme il a peur du vote du peuple, il dresse son groupe d’appartenance contre ce peuple constitué par les autres groupes, qui du coup deviennent ses adversaires politiques, presque ses ennemis. Voila pourquoi il convainc son groupe d’appartenance de l’hostilité de ces autres groupes, qu’il lui montre en permanence complotant contre lui. Le chef d’état africain est un partisan ethnocentriste qui gouverne et se maintient au pouvoir par le spectre de la guerre civile qu’il agite en permanence. L’horreur de la guerre dans les pays où elle a pu avoir lieu, rend alors les populations dociles et les dispose peu à revendiquer leurs droits bafoués.
Des progrès de la démocratie en Afrique sont impossibles ou du moins difficiles, si on ne tient compte d’un paramètre : la complexité culturelle des Etats africains. Impossible ou du moins difficile de parvenir à leur harmonisation si on ne trouve des mécanismes de régulation de leur différences, source permanente de conflits. Impossible si des valeurs et idéaux communs ne sont trouvés et des institutions librement mises en place. Impossible si aucune autorité politique ou morale, morale et politique ne veille à leur respect. Impossible tant qu’il existera des gens ou des groupes de gens qui ne se sentent pas concernés par la loi que le peuple souverain s’est donnée. Impossible enfin aussi longtemps que les politiques africains n’auront pas, un minimum le sens de l’Etat souverain qu’ils confondent avec leur patrimoine personnel. Mais la démocratie est un processus, une éthique de la liberté et du comment vivre ensemble. Seule une saine éducation la promet et la promeut.
vendredi 11 juillet 2008
Le Premier Ministre espagnol en appelle à la conscience de l’Europe devant le naufrage des candidats africains à l’immigration
Pendant combien de temps Sarkozy et Hortefeux ameuteront-ils encore la France et l’Union Européenne contre les immigrés dont il serait temps que l’Europe prenne conscience de la profondeur du désespoir et du bien fondé des aspirations ? Jusqu’à quand la conscience des Français restera-t-elle insensible et aveugle à une tragédie que seule un politique humaine et des lois inspirées par le destin solidaire de l’humanité peut arrêter. Une telle rigueur du sarkozysme pour protéger quelle civilisation et quelle économie, auxquelles une intelligence imaginative a vite trouvé solutions aux problèmes qu’elles posent ? Jusqu’à quand les contradictions entre l’éthique et le politique seront-elles toujours surmontées au profit du politique ? c’est en substance la question que posse le Premier Ministre espagnol pris de nausée devant les affres des clandestins contre lesquels la France de Sarkozy se croise pour réveiller la France au péril des immigrés et convaincre à rallier à ses positions les pays de l’union Européenne que des scrupules de conscience retiendraient encore. Et le Premier Ministre choqué, scandalisé que de lois inhumaines soient édictées contre des humains, de rappeler à ses pairs qu’une Afrique que l’Europe cesserait de piller pour enfin se résoudre à l’aider dans sa volonté de se construire, se détournerait de l’horizon européen.
Ce sont là propos de bon sens. Mais aussi longtemps que l’Occident ne mettra pas fin à sa politique africaine de prédation et n’aidera pas les africains à construire des Etats modernes, et tant que des potentats, rois fainéants accrochés à un pouvoir de droit divin continueront à gérer l’Afrique comme un bien familial (et encore que le droit veuille qu’on gère en bon père de famille !), rien, pas même la mort n’arrêtera les africains poussés par le désespoir. Ils continueront de fuir les tragiques conditions d’existence de leur pays.
Dominique Ngoie-Ngalla, Philippe Ngalla-Ngoie
mardi 24 juin 2008
Les fondements sociaux historiques des incohérences et du désordre de l’Afrique contemporaine
Ces anthropologues oubliaient une chose : en raison des grandes différences des contextes sociohistoriques de déploiement de la conscience et de l’esprit séparant l’occident et l’Afrique noire, le chemin des africains pour accéder au développement allait s’allonger considérablement. A la différence de l’Occident le destin de l’Afrique noire fut en effet exceptionnellement sinistre et féroce. Mettons à part son tragique isolement qui la tint loin de tout contact fécondant avec les grands courants de l’Histoire : l’Inde bouddhique, la Grèce des philosophes et des chercheurs, la Mésopotamie avec ses hardiesses intellectuelles, le Christianisme avec sa révolution religieuse et ses principes de rupture avec toutes les traditions, mais pour des raisons géographiques, contraint de ne pas aller plus loin que l’Egypte et l’Ethiopie. Pour des raisons géographiques là aussi, l’Egypte même ne put vraiment rayonner au-delà de la Nubie voisine. Son influence sur l’Afrique profonde resta donc dérisoire. Les explorateurs occidentaux du milieu du 19e siècle tombèrent sur une Afrique noire sahélienne, pourtant relativement proche de l’Egypte par la géographie et le milieu physique, à peine sortie de l’Age de pierre. Malgré l’architecture de leurs mythes, philosophiques à rappeler un certain Platon, les Dogons ne dépassent pas la technique de construction des troglodytes. Une civilisation balbutiante aux techniques rudimentaires qui autorisent à penser qu’elles n’eussent pas été telles si l’Egypte avait réussi à la pénétrer de son influence et de son génie. Ou alors il faudrait formuler l’hypothèse d’une terrible régression qui aurait ramené à l’Age de pierre une Afrique noire parvenue grâce à l’influence de l’Egypte à un stade d’organisation économique supérieur. Régression, mais il faudrait le prouver.
Deux siècles avant que ne commence la Traite des Noirs Ibn Battuta tombe sur des sociétés africaines noires du Sahel dont le niveau d’organisation n’était pas fameux. La traite arabe puis la traite atlantique profitent donc de ce faible niveau de civilisation pour opérer les prélèvements qu’elles voulaient. La traite sous ces formes eut été probablement impossible avec un meilleur niveau d’organisation des sociétés africaines. Les rapports de force entre l’occident, les arabes et l’Afrique ne laissaient pas beaucoup de chances à l’Afrique pour résister à un étranger qui leur voulait tant de mal. Pour l’Afrique l’entrée en modernité représentée par les arabes et l’Occident avec leurs sciences et leurs techniques s’opérait sous de fâcheux auspices. Jusqu’à l’avènement des deux traites et de la colonisation, l’Afrique était restée en jachère en quelques sortes. Rien n’avait encore compromis le développement de ses capacités intellectuelles et spirituelles. Un contact moins rugueux avec l’étranger les eut vraisemblablement épanouies. Leur broyage par la traite des esclaves et la colonisation laissa l’Afrique choquée ; jusqu’aujourd’hui. Le genre de névrose que décrivent Frantz Fanon et Albert Memmi n’est pas de celles qu’on guérit en quelques séances psychanalytiques. Encore que cette Afrique choquée par plus de quatre siècles de violences continuées n’ait pas vu accourir à sa rescousse nulle cellule psychologique. Les perturbations psychologiques profondes allaient donc se maintenir et se renforcer de génération en génération. Perturbation du rapport à soi et au monde, le manque de confiance en soi, une conscience malheureuse et la souffrance de n’être pas l’individu que le Blanc reproche au Nègre de ne pas être. Tout cela allait être pour le Noir africain source de tant d’incohérences dans le système de représentations et de pratiques. Et cela explique ces logiques tordues dans la gestion des affaires humaines confiées à des paranoïaques fonctionnant par ailleurs sans le support indispensable d’une solide tradition des choses du pouvoir d’Etat. Ce qui a sauvé l’Asie de la débâcle coloniale c’est de n’avoir pas fait l’objet d’une traite des esclaves, et aussi et d’abord, l’existence d’une tradition forte du pouvoir d’Etat, qui en Afrique fut ruiné par la traite des esclaves (à supposer qu’une telle tradition avait existé). Une tradition du pouvoir d’Etat, pour sa fidélité, appuyée sur des textes écrits. Moyennant quoi loin d’être aujourd’hui prostrée comme l’Afrique devant l’expansion arrogante de l’Occident, l’Asie lui tient au contraire tête et même menace son hégémonie. C’est une Asie psychologiquement sereine et ayant confiance en elle-même et qui sans complexe frappe aux portes du futur. Cette confiance que même arrimée à la puissante Egypte, l’Afrique subsaharienne aura du mal à retrouver, tant les séquelles du traumatisme de la traite sont partout présentes Mais c’est une Asie qui n’a pas derrière elle les horreurs de l’histoire africaine. En Afrique le vieux traumatisme laissé par la traite des Nègres et la colonisation est toujours là, qui de façon sournoise accule l’Afrique au bricolage. C’est lui qui est à l’origine de tant de comportements et de choix éthiques qui n’honorent pas l’Afrique. Et lorsqu’il affecte la conscience des dirigeants dans des pays de faible démocratie, on peut mesurer l’ampleur du désordre actuel et à venir d’autant plus que à la manière d’un lutin décidé à ne pas la laisser tranquille l’Occident, le mauvais ami, continuellement lui joue des mauvais tours.
jeudi 22 mai 2008
L’enfer des africains de couleur à l’étranger : le silence des politiques
Chacun pour soi. L’Etat cependant veille au destin de chaque citoyen. Le sens du devoir est au centre de ses préoccupations. C’est lui qui assoit la légitimité des élus du peuple choisis sur la base de la disponibilité à se mettre au service de leurs concitoyens ; de leur capacité à répondre à leurs sollicitations. Et pas de différence à faire entre ceux qui résident dans leurs pays et ceux qui résident à l’étranger, ou même simplement qui y sont en voyage. Et c’est pour cela que des agents officiels, ambassadeurs, consuls, sont établis dans des pays étrangers, avec entre autres missions de protéger les ressortissants des pays qu’ils représentent. L’avancement de ces agents officiels dans leur carrière est fonction du sérieux qu’ils mettent dans l’accomplissement de leur mission. Se présente-t-il une situation mettant en danger la sécurité des ressortissants de leur pays, ils en saisissent les autorités dans l’immédiat. Dans les heures, les jours qui suivent, la diplomatie se met en branle, à la recherche de solutions. Les autorités politiques au niveau le plus élevé de l’Etat du pays concerné s’en mêlent volontiers. On a vu le Président Sarkozy intervenir personnellement au Tchad dans l’affaire de « L’arche de Zoé ». Des citoyens français sont-ils assassinés en Mauritanie ? le ministre des Affaires Etrangères français agite aussitôt l’opinion internationale. Dans des délais très courts les assassins sont rattrapés et arrêtés. La séquestration d’Ingrid Betancourt par les maquisards de Colombie empoisonne le sommeil du président de la république française et des français. On pourrait continuer.
Les pays du Nord administrent ainsi aux pays du Sud qu’on voit très peu se mobiliser lorsque leurs ressortissants à l’étranger se trouvent en difficulté une belle leçon de responsabilité et de solidarité citoyennes. On a alors le droit de se poser des questions sur la signification du lourd silence de ces pays devant des situations qui en principe réclament d’eux une rapide et énergique intervention. Il ne se passe pas de mois, qu’en Europe, dans les pays avec lesquels ces pays du Sud ont des accords de coopération, dans les pays arabes du Maghreb, membres pourtant de l’Union Africaine, des étudiants ou des travailleurs immigrés d’Afrique noire et pas toujours en situation irrégulière ne soient victimes de violences raciales graves (des blessées graves, des morts mêmes). Bouche cousue dans leurs pays, bouche cousue à l’Union Africaine. Le cadet de leurs soucis ! Mais alors il faut penser que derrière cette insouciance ingénue il y a un problème. Ignorance de ces pays du Sud que le premier devoir de l’Etat c’est de garantir la sécurité de ses ressortissants, tous ses ressortissants, y compris ceux qui se trouvent à l’étranger, à la demande parfois de l’Etat lui-même : les étudiants, les stagiaires de tous horizons. Si c’est par ignorance, il faut alors plaindre ces pays africains, puisqu’ils ignorent le B.A-BA de leur mission. Timidité et peur du blanc (séquelles du traumatisme de la Traite négrière et de la colonisation ?). Probable !. Ces deux sentiments expliqueraient la reculade des pays africains devant les Blancs du nord auxquels il faut bien associer les arabes du Maghreb. Entre ces méditerranéens du sud et les méditerranéens du nord qui voit la différence ? Et à égalité ils furent tous les fossoyeurs de l’Afrique noire. Au point que c’est faire injure à un marocain, un algérien, un tunisien que de l’appeler africain.
Les africains qui pendant des siècles et des millénaires avaient souffert du racisme des arabes semblent en avoir gardé dans les replis de leur âme un souvenir trouble et effrayant qui continue à hanter et à subvertir leur rapports avec leurs partenaires de l’Union Africaine. Cela fait que lorsque des étudiants ou des stagiaires sont victimes d’actes de discrimination raciale dans les pays du Maghreb les autorités de ces pays ne bronchent, pas assurées que leurs homologues nègres des pays sub-sahariens s’accommodent d’une situation à la quelle elles se sont depuis longtemps résignées.
Nous venons de pointer l’ignorance de leur devoir citoyen comme étant la cause du silence des pays africains devant des situations où leurs ressortissants à l’étranger sont en danger, c’est probable, puisqu’ils ne réagissent pas plus lorsque ces situations se présentent en Afrique noire même
Par Dominique Ngoïe Ngalla et Philippe Cunctator qui nous livrent leurs réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique clopinant sur le chemin de la modernité au reste du monde, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de Dominique l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...
Quelques ouvrages de Dominique Ngoïe-Ngalla...
L'Evangile au coeur de l'Afrique des ethnies dans le temps court ; l'obstacle CU, Ed. Publibook, 2007 .
Route de nuit, roman. Ed. Publibook, 2006.
Aux confins du Ntotila, entre mythe, mémoire et histoire ; bakaa, Ed. Bajag-Méri, 2006.
Quel état pour l'Afrique, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Lettre d'un pygmée à un bantu, mise en scène en 1989 par Pierrette Dupoyet au Festival d'Avignon. IPN 1988, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Combat pour une renaissance de l'Afrique nègre, Parole de Vivant Ed. Espaces Culturels, Paris, 2002.
Le retour des ethnies. La violence identitaire. Imp. Multiprint, Abidjan, 1999.
L'ombre de la nuit et Lettre à ma grand-mère, nouvelles, ATIMCO Combourg, 1994.
La geste de Ngoma, Mbima, 1982.
Lettre à un étudiant africain, Mbonda, 1980.
Nouveaux poèmes rustiques, Saint-Paul, 1979.
Nocturne, poésie, Saint-Paul, 1977.
Mandouanes, poésie, Saint-Paul, 1976.
L'enfance de Mpassi, récit, Atimco, 1972.
Poèmes rustiques, Atimco, 1971.