Par Dominique Ngoïe Ngalla et Philippe Cunctator qui nous livrent leurs réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique clopinant sur le chemin de la modernité au reste du monde, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de Dominique l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...
lundi 12 mars 2012
Christianisme et religions africaines comme espaces de sens distincts et opposés
dimanche 18 décembre 2011
Le projet spirituel de l'être humain, un désir d'affirmation de l'esprit sur la chair
A l’âge de la modernité qui réhabilite le corps et tous ses appétits, chrétiens, guides religieux, la continence sexuelle et la chasteté, pourquoi faire? S’il est vrai, comme l’affirment les théologiens, que Dieu souffre des fautes et des écarts de conduite des hommes, surtout sils sont chrétiens, il faut en conclure que, dans la chrétienté du Congo où tant de fidèles se moquent pas mal des commandements de Dieu, tout en ayant en permanence son nom à la bouche, Dieu est vraiment en enfer! Une telle licence des mœurs dans la communauté priante qui, paradoxalement, en même temps, développe une singulière débauche de ferveur religieuse! Avec le vol, crapuleux ou déguisé sous la subtilité de procédés apparemment honnêtes et licites, la licence sexuelle et des mœurs est ce qui s’impose à l’observateur dans le phénomène social de relâchement moral au sein de la chrétienté du Congo. Que la raison ou la cause en soit économique, politique et culturelle, rien de plus vrai.
lundi 21 novembre 2011
Le devoir de L'Eglise est de façonner la qualité de vie spirituelle à laquelle l'Evangile nous convie
Une mise entre parenthèse du flux des choses de la quotidienneté favorise le rassemblement et la concentration de notre être. Cela commence par le silence que, malheureusement, les Africains de l’Inculturation ont en horreur. Les Africains des bidonvilles surtout. Et c’est triste que ce soient ces Africains-là, si frustes, qui se mêlent de liturgie au sein de l’Eglise africaine qui, de plus en plus, se distingue des autres Eglises chrétiennes du monde par son amour du bruit, et la théâtralisation de l’expression de la foi, en se moquant pas mal de ce qu’on est convenu d’appeler le goût (capacité à sentir et à apprécier le beau).
Au fondement de la légitimation de tant de choses laides, en parfaite contradiction avec l’Evangile et le christianisme qui placent au centre de leurs préoccupations, l’éthique de l’exigence (le refus de céder à la médiocrité), une mauvaise interprétation, ce me semble, de l’inculturation dont le concile Vatican II faisait pourtant un principe de libération du génie des diverses cultures du monde. Les inventeurs de la nouvelle liturgie de la célébration eucharistique prétendent s’inspirer des liturgies des religions de l’Afrique ancienne. J’en conclus que, lourdement matérialiste, cette Afrique ancienne ignorait ce qu’est une spiritualité authentique.
Tout en pesant sur eux, celle-ci élimine au maximum, les éléments matériels susceptibles de constituer entrave au mouvement de l’âme désireuse de s’élever vers Dieu. Le corps, avec ses penchants tournés vers la matière, constituant la principale entrave. Or, la liturgie de l’inculturation fait une grande place au corps! Au fond, à force de vouloir vivre un christianisme authentique, c’est-à-dire inspiré de leurs cultures, où on danse beaucoup, les Eglises africaines revivent plus leurs religions traditionnelles que le message chrétien; de façon imaginaire d’ailleurs, puisque de ces religions abandonnées et oubliées depuis la colonisation et leur répression par les missionnaires, il n’est resté, chez nos habitants des bidonvilles, qu’une vague idée, des fragments de rites et de liturgies dont l’assemblage bricolé, puis baptisé chrétien, est proposé par la hiérarchie à la communauté des fidèles.
Naturellement, ceux-ci adhèrent, sans effort, puisqu’ils n’ont changé ni de culture, ni de religion, la religion de leurs ancêtres ayant juste changé de dénomination et de forme d’expression. L’adhésion au christianisme qui récapitule, dépasse et récuse nos petites religions matérialistes doit se traduire par la recherche d’une nouvelle forme d’expression d’une foi et d’une religion qui sont exigence d’excellence. Ces liturgies de boy scout révèlent, je le crains, la pauvreté intellectuelle d’une Eglise qui pense peu, et pour exprimer sa foi plutôt vague en l’Evangile, invente, sans effort, une liturgie instinctive de rustre et de bonne femme.
L’inculturation ouvrait, aux Africains, un espace de recherche hardie en théologie morale par exemple, ou en droit canon. Nous n’avons eu droit, jusqu’aujourd’hui, qu’à des bouffonneries liturgiques dont il serait illusoire d’attendre une amélioration significative de la qualité de la foi des Africains en rapide procès de retour à ce qu’autrefois, on appelait le paganisme. Attesté par ces prises d’assaut des lieux de culte le dimanche, l’ardent besoin de croire des Africains ne signifie pas qu’on doive, pour sa satisfaction, leur proposer n’importe quoi. Les Africains aspirent à une authentique spiritualité qu’on n’atteint certainement pas en laissant libre cours, en lâchant bride, à l’émotion brute et à la fantaisie, sous prétexte de les prendre comme ils sont, alors que le devoir de l’Eglise est de façonner leur sensibilité de rustre qui est une entrave de taille pour la qualité de vie spirituelle à laquelle l’Evangile nous convie.
L’Evangile de Jésus Christ n’a jamais été ces shows frénétiques des cultes des églises africaines, mais grave méditation du tragique de la condition humaine et du mystère de l’incompréhensible amitié de Dieu pour l’homme. Le sérieux et la gravité de nos frères musulmans en leurs mosquées ne pourrait-il inspirer ces chrétiens qui, avec cette sotte assurance, nous fabriquent des liturgies si tristement plaisantes?
mardi 12 juillet 2011
L’Eglise africaine va-t-elle re-évangéliser l’Occident ?
La défection du christianisme est profonde en occident. On le voit à la désertion des lieux de culte aux heures de célébration. Des avancées scientifiques insoupçonnées, dont beaucoup font sourire les choses de la foi ou rendent sceptique une économie consumériste et frivole installent un climat délétère qui amène un maximum de fidèles à décrocher du religieux traditionnel. Malheureusement contre la permanence de la distraction aliénante, l’Eglise se montre faiblement armée, et même adopte les armes de l’adversaire pour mobiliser des ouailles qui se font tristement rares. Dans le même temps, l’annonce de l’évangile en Afrique noire depuis le XIXe a en revanche opéré, un siècle plus tard, comme un transfert de la ferveur religieuse de l’occident en cette région du monde. Ici, croisant le désespoir de la misère économique, l’évangile enflamme les masses qui attendent du christianisme la consolation par l’espoir de l’entrée en paradis, et bien entendu, la protection contre la méchanceté des sorciers.
Depuis quelques décennies, séduite par cette bonne santé apparente de l’Eglise africaine, l’Eglise d’occident lui demande de venir, comme en périple de retour, évangéliser l’occident en procès inquiétant de déchristianisation rapide. Sans condition, semble-t-il ! Sans enquête préalable sur la formation de ces étranges missionnaires que l’Afrique envoie à l’Occident. Ce que l’Eglise d’Occident, assoupie attend de l’Eglise africaine où, pense-t-elle, souffle le vent de la pentecôte c’est sa sève tonifiante. Une confiance aveugle en ces missionnés d’une Eglise aux fondements encore mal-assurés et dont, du point de vue de la doctrine chrétienne, la sève bouillonnante n’a pas forcément que des effets bénéfiques, si l’on ne la discipline. Avec probablement la meilleure intention du monde : mettre de l’ambiance dans des célébrations devenues ennuyeuses, les prêtres Africains venus au secours de l’Occident en panne de foi n’ont pas tardé à mettre au culte une animation d’une exubérance tapageuse inspirée, à les croire de leurs traditions religieuses. La tradition liturgique occidentale si soucieuse de discrétion pour rester conforme à l’esprit de l’Evangile qui est effacement et humilité, est ainsi brutalement subvertie et submergée par la religiosité exubérante et bruyante des missionnaires Noirs. L’espace sacré de l’Eglise qui en principe modifie l’état de conscience et l’attitude du corps du croyant est alors transformé en lieu festif pas tellement favorable à une attitude de prière. Je ne crois pas qu’un sentiment profond de la présence de Dieu en ce lieu ne bloquerait pas net la propension de ces Africains à laisser s’exprimer dans les lieux de culte, plus leur corps que leur âme. Ce Dieu pendu à un gibet, quel sentiment et quel mouvement du corps peut-il inspirer si on croit en lui ? Ces frénétiques battements de mains, ces moulinets ridicules appartiennent-ils vraiment au registre du religieux ?
Les défenseurs des nouvelles liturgies de l’Eglise africaine prétendent s’inspirer des traditions religieuses africaines. Il faut craindre que ce soit là une Afrique de leur invention. Qui fait l’effort de connaitre les religions de l’Afrique et leurs formes d’expression se rend vite compte du sérieux de cette Afrique là. Elle ne mélangeait pas le sacré et le profane. Elle ne transigeait pas avec les valeurs du sacré. Le rituel liturgique africain qui envahit l’Eglise d’Occident friande d’exotisme est en fait une création récente de certaines communautés chrétiennes africaines. Il porte dans ses flancs l’odeur d’une revanche de l’Eglise indigène contre l’Eglise missionnaire et son rituel de célébration imposé. Je suis Noir Africain resté proche des traditions religieuses de mon groupe d’appartenance, et intéressé à leur analyse. Je ne me reconnais pas dans l’actuel rituel de célébration de la messe que ses promoteurs prétendent tirer des traditions religieuses africaines. Je me souviens de ma grand-mère. Elle n’était pas chrétienne. Et cependant, lorsqu’elle priait le grand esprit (Nzambi ya mpungu), elle avait les mains en orante et gardait le silence. Comme les chrétiens de l’Eglise primitive. Nous commençons à vivre, peut-être, de l’esprit de l’Evangile, un rapide les effets pervers d’une inculturation du christianisme mal comprise par des communautés chrétiennes africaines soucieuses au fond, non de spiritualité, mais plutôt pressées de se débarrasser d’un legs de la colonisation honnie. Si les réformes au sein de l’Eglise africaine doivent être menées dans cet état d’esprit, parions qu’avant longtemps, le christianisme africain ne gardera plus du christianisme de stricte obédience que le nom. Syncrétique, grimaçant à force de chercher à lui donner une coloration africaine. Le christianisme authentique est lieu de rencontre de la sensibilité et de la raison. C’est cette heureuse alliance que, livrée à l’ivresse de l’émotion, l’Eglise africaine qui se cherche encore n’a pas encore réussi. Mais y songe-t-elle d’abord ? Puisque, convaincus d’avoir raison, ses ténors se réclament de la négritude qui exalte, on le sait, l’émotion comme moyen de compréhension et d’expression du monde ? Et c’est d’une telle Eglise africaine que l’Eglise d’Occident attend la sève qui la revigore !
Sans traditions chrétiennes, juste évangélisées et devenues autonomes dans un contexte historique ambigu, sans recherches patientes, une telle Eglise africaine ne peut apporter à l’Occident qu’une expression du religieux chrétien confus, barbouillé de rhétorique chrétienne. Il faut plutôt espérer de l’Eglise d’Occident, visiblement décrochée, un sursaut salutaire. L’Afrique qui derrière son flamboiement baroque cache une profonde incompréhension de l’esprit de l’évangile, a besoin d’une renaissance de l’Eglise d’Occident pour reprendre sous sa tutelle fraternelle et non plus coloniale sa merveilleuse aventure. Jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge adulte qu’elle se fait aujourd’hui l’illusion d’avoir atteint.
Par Dominique Ngoïe Ngalla et Philippe Cunctator qui nous livrent leurs réflexions sur le monde d'aujourd'hui : de l'Afrique clopinant sur le chemin de la modernité au reste du monde, de la complexité des enjeux politiques aux péripéties du fait religieux, nous découvrons sous la plume de Dominique l'âme du poète qui rêve d'un autre monde, mais n'oublie ni les brûlures de l'histoire ni la dure réalité du temps présent...
Quelques ouvrages de Dominique Ngoïe-Ngalla...
L'Evangile au coeur de l'Afrique des ethnies dans le temps court ; l'obstacle CU, Ed. Publibook, 2007 .
Route de nuit, roman. Ed. Publibook, 2006.
Aux confins du Ntotila, entre mythe, mémoire et histoire ; bakaa, Ed. Bajag-Méri, 2006.
Quel état pour l'Afrique, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Lettre d'un pygmée à un bantu, mise en scène en 1989 par Pierrette Dupoyet au Festival d'Avignon. IPN 1988, Ed. Bajag-Méri, 2003.
Combat pour une renaissance de l'Afrique nègre, Parole de Vivant Ed. Espaces Culturels, Paris, 2002.
Le retour des ethnies. La violence identitaire. Imp. Multiprint, Abidjan, 1999.
L'ombre de la nuit et Lettre à ma grand-mère, nouvelles, ATIMCO Combourg, 1994.
La geste de Ngoma, Mbima, 1982.
Lettre à un étudiant africain, Mbonda, 1980.
Nouveaux poèmes rustiques, Saint-Paul, 1979.
Nocturne, poésie, Saint-Paul, 1977.
Mandouanes, poésie, Saint-Paul, 1976.
L'enfance de Mpassi, récit, Atimco, 1972.
Poèmes rustiques, Atimco, 1971.